26 mars 2022

 Vivre dans un manège

Par Geneviève Toueg

cette première grossesse était bien voulue, mais cette maladie est arrivée dans ma vie sans que je l’aie demandé. Elle s’est invitée chez nous et s’y est trouvé une place toute particulière. Avec la grossesse, la femme enceinte est plus sujette à développer une maladie mentale et surtout si elle est prédisposée. Plus la maladie s’installait en moi, plus je me perdais.

Je suis tombée sur la psychiatre, celle qu’on appelle « la crème de la crème » , celle en qui on peut faire confiance les yeux fermés. Le diagnostic est finalement tombé... Je souffrais de bipolarité ! Pourquoi moi? Pourquoi cette maladie m'a-t-elle choisi ? J'avais tant de "pourquoi" sans réponses.

J'habitais dans le tout inclus 5 étoiles de la bipolarité ! J’étais constamment dans une Montagne russe d’émotions en passant de la joie à la dépression jusqu'à l’hospitalisation. Un instant j'avais un niveau d'énergie plus élevé qu’à l’habitude pour être complément léthargique quelques minutes plus tard. J'avais de la manie, je faisais des achats compulsifs... Le jugement n’y était tout simplement plus. Les dettes s'accumulaient et mon état était complètement instable. J'ai donc par la suite commencé à prendre des médicaments. J'ai eu plusieurs remises en question afin d'essayer de trouver un équilibre.

Ensuite, cette deuxième grossesse surprise est arrivée ! Cette nouvelle ... Vous savez celle qu’on attend le moins et pour laquelle le mot bonheur rime avec le mot angoisse ? L'angoisse que mon bébé se forme anormalement dû à la médication, l’inquiétude que la maladie se détériore parce que oui, c’était une grossesse plus à risque. J'ai malgré tout été en mesure de maintenir une certaine balance au fil des mois.

À la fin de la grossesse, cette Montagne russe a subitement refait surface. J'étais à nouveau dans un manège. Ce genre de manège qui nous étourdit, celui qui fait en sorte que nous perdons nos points de repère. Ces symptômes que je tentais de retenir, mais qui étaient plus forts que moi et qui prenaient le contrôle sur moi.

J’aimerais dire à ma bipolarité que j’apprends à vivre avec elle et avec ses hauts et ses bas. Que je l'apprivoise lentement et que je commence à la connaître un peu mieux ce qui m'aide à tranquillement mieux vivre. La vie n’est pas un long fleuve tranquille et cette maladie s'est mise sur mon chemin que je le veux ou non alors pourquoi ne pas cohabiter pleinement avec elle afin d’avoir un respect mutuel ? Pourquoi ne pas trouver un équilibre entre nous ?

Puis arrive l’acceptation. Cette volonté d’accueillir la réalité telle qu’elle est et de faire le deuil de notre ancienne réalité. D'accepter ce qui a changé. L’acceptation libère, allège et nous remet en contact avec nos ressources, notre pouvoir d’action. Elle nous permet de composer avec la réalité, de lâcher prise et de nous réinventer. Parce qu'elle est entrée dans ma vie, je suis maintenant plus consciente de ce qu’est la résilience, le lâcher-prise et surtout de reprendre le pouvoir de ma propre vie, d’être la femme que je suis ! Lentement, j'apprends à aimer ma bipolarité. Lentement, je réapprends à m'aimer.

Le 30 mars est la Journée mondiale des troubles bipolaires, cette maladie qui s’exprime différemment d’une personne à l’autre qui est encore très peu connue et surtout stigmatisée. Profitons de cette journée pour s’ouvrir aux problèmes de santé mentale qui peuvent toucher chacun de nous à un moment ou un autre de nos vies.

Geneviève